Histoire
By:
  • GALADIMA Souleymane | IOM Niger
« Chez Joséphine la nigériane » : le restaurant qui a conquis le cœur des communautés d’Arlit

Dans son restaurant en bâche recyclé, Joséphine, Nigériane de 45 ans, prépare le menu du jour. Aujourd’hui, elle aimerait proposer comme plats une sauce légumes, de l’igname pilée, de la semoule de blé, une sauce feuilles, une sauce gombo, tous des mets du Niger et du Nigeria dont sa clientèle composée de la communauté hôte et des migrants raffole.

Native du Nigeria, Joséphine Peter, a quitté sa ville de Lagos, pour arriver à Arlit, un département de la région d’Agadez, situé au nord du Niger, en 2016. Les tensions familiales, l’abandon du domicile familial par son époux, la prise en charge de ses deux garçons et le paiement de leurs frais de scolarité ont beaucoup pesé sur Joséphine, au point ou la seule alternative qui s’offrait à elle était la migration.

Elle choisit de rejoindre Arlit, où elle lance son affaire de restauration près d’un site minier.

« J’ai ouvert un petit restaurant avec un kilogramme de riz. J’ai préparé un demi-kilogramme pour lequel j’ai gagné 4 000 francs CFA (6,3 euros). Avec cette première recette, j’ai encore payé un autre kilogramme de riz avec un peu de viande. Ainsi commença mon aventure de restauratrice à Arlit. C’était il y a cinq ans, en 2017, » explique Joséphine.

« Chez Joséphine la nigériane » : le restaurant qui a conquis le cœur des communautés d’Arlit

En 2021, pour étendre son affaire, Joséphine reçoit un appui du programme de stabilisation communautaire dans la région d’Agadez de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et à travers le financement du fonds fiduciaire d’urgence de l’Union européenne pour l’Afrique.

Les interventions de ce programme se concentrent sur trois volets ; la cohésion sociale, l’accès et la fourniture de services essentiels et le relèvement économique dont a bénéficié Joséphine.

À travers le relèvement économique, le programme de stabilisation communautaire à Agadez vise à améliorer les opportunités économiques des communautés vulnérables afin de renforcer leur résilience et leur permettre de subvenir à leurs besoins.

Dans la région d’Agadez, le programme a soutenu 350 personnes dont 230 femmes dans la mise en place d’une activité génératrice de revenu.

« J’ai été sélectionnée par le comité de suivi de la ville d’Arlit après un appel à proposition sur la base de mon engagement, de la pertinence et la viabilité de mon activité, » explique Joséphine.

« Chez Joséphine la nigériane » : le restaurant qui a conquis le cœur des communautés d’Arlit

« J’ai reçu un frigidaire, des sacs de riz, de la farine de blé et des bidons l’huile et une subvention d’environ un million de francs CFA (1 524 euros). Avant de recevoir cet appui, mes ventes journalières variaient entre 7 000 et 9 500 francs CFA (11 et 15 euros). J’avais un bénéfice de 50 000 francs CFA par mois. Actuellement je fais des ventes journalières entre de 10 000 et 15 800 francs CFA (15,24 et 24 euros) », ajoute-t-elle.

« L’argent que je gagne me permet de mieux prendre en charge mes enfants qui sont restés à Lagos. J’arrive à payer leur scolarité. Le premier est en deuxième année d’université et le deuxième dans un lycée polytechnique, » dit Joséphine.

Son restaurant est ouvert tous les jours de la semaine de 6 heures du matin à 19 heures. Elle emploie deux jeunes femmes qui l’aident dans le service aux clients et dans le ménage.

Grâce à cette affaire, Joséphine s’est également davantage rapprochée des communautés locales et elle n’hésite pas non plus à partager son parcours migratoire avec les migrants qui constituent une partie de sa clientèle.

« Je suis bien intégrée ici à Arlit, dans mon quartier Boukoki. La preuve j’ai plus de clients au sein des communautés locales. Il y a aussi les migrants qui viennent se restaurer. La formation reçue en entreprenariat et en cohésion sociale m’aide beaucoup dans la gestion de mon petit restaurant mais aussi et surtout dans le vivre ensemble avec ceux qui m’ont accueilli les bras ouverts, » conclut-elle.